Le GR440 ou le tour du plateau de Millevaches en VTT

Autant le dire tout de suite, on ne savait pas trop où l’on mettait les pieds, enfin les pneus, ce samedi matin de juin à la descente de la voiture sur le parking d’un petit village au nom bien familier, Lacelle, oui mais en Corrèze! 

Au programme, le GR 440, le tour du plateau de Millevaches : 180km, 4100m de D+ le tout en 3 jours : sur le papier faisable mais peu d’informations en poche sur la qualité des chemins et leur faisabilité en VTT. Nous partions cependant sereins, même Alexis pour qui l’itinérance en VTT était une première comme en témoignait son sac à dos flambant neuf, acheté pour l’occasion ! 

La première étape nous rassura assez vite sur le type de chemin que nous allions trouvé sur l’ensemble du parcours ; de la piste sous toutes ces formes. Pays de forêts, le plateau de Millevaches est façonné par l’exploitation du bois d’où les innombrables pistes forestières qui serpentent dans tous le massifs. La première étape nous mena ainsi, sous le soleil et avec une température fraiche parfaite pour rouler, jusqu’au gite communal de St Setiers. Arrivés en plein rassemblement des écoles du canton, l’animation soudaine contrastait avec l’ambiance générale de ce coin de Corrèze : la ruralité, voire l’isolement, prend ici une dimension particulière. Pas de voiture croisée sur les quelques portions de route empruntées, des villages au bâti de grande qualité mais aux fenêtres fermées, ces grandes forêts à perte de vue : l’ambiance serait propice à l’introspection durant les nombreuses heures de selle qui nous attendaient. 

Le gite de St Setiers est situé au dessus du village du même nom, à 900m d’altitude au départ des pistes de ski de fond. Non gardé, nous avions dû réserver le repas du soir à l’Auberge du Plateau situé au cœur du village. L’accueil y fût chaleureux et le repas gargantuesque au rapport quantité/prix imbattable ! La remontée au gite après le repas, que nous craignions, fût finalement plutôt digestive et très sympa avec le soleil couchant comme compagnon. 

Ce n’est pas sans une petite inquiétude que nous enfourchions nos montures le lendemain matin. 75km de VTT au programme, chacun de nous avait déjà fait plus long mais tout de même, la distance commence à parler avec le sac sur le dos et les kilomètres de la veille dans les jambes. Après un ptit dej à l’auberge, dans la même veine que le repas de la veille, nous avons pris la piste en mode “gestion”. Sur des sections globalement roulantes, ponctuées de zones bitumées sur les portions les plus raides (aux pourcentages vertigineux), les kilomètres défilaient plutôt vite. Mais ce que météofrance avait prédit finit par arriver : une pluie froide s’abattit sur nous peu avant la pause de midi. Sans nous décourager complètement, il est bien certain que le mauvais temps tempérait un peu nos ardeurs. Réfugiés à l’abri sous le tilleul “Sully” de Bonnefond, nous avalâmes nos sandwichs un peu tremblants de froid ; une âme charitable du village nous offrit un café sur son pas de porte qui nous réchauffa le corps et le cœur. 

La météo fût finalement pas si terrible dans l’après midi  et nous regagnions la ferme équestre de Trephy, notre étape du jour, sans encombre (enfin nous pensions) avec la satisfaction d’avoir bien gérer cette 2eme journée. Notre petite inspection technique habituelle des vélos révéla cependant que la crevaison d’Alexis en fin d’étape n’était pas anodine : une hernie s’était formée sur le flanc du pneu dont la structure avait souffert. Tout bon vététiste le sait, dans ce cas il faut positionner un élément fin entre la chambre à air et le pneu pour conforter ce dernier : en général, cette astuce permet de terminer la sortie du jour. Dans notre cas, il fallait que ca tienne les 45km de la dernière étape ! Une vieille bouteille de yop découpée nous fournit le morceau de plastique providentiel, qui se fera oublié jusqu’à l’arrivée… 

Notre hôte du soir nous raconta l’histoire du lieu, et comment en 30 ans il avait transformé cette ancienne ferme en produit touristique de qualité, aujourd’hui tenu par sa fille. Sa passion communicative du cheval, milieu qui m’était personnellement complètement inconnu, nous a permis de passer une soirée très instructive. 

Déjà la fin du séjour s’annonçait : la 3eme étape, la plus courte, devait nous ramener à Lacelle en traversant les Monédières et en gravissant son sommet emblématique, le Suc au May. Les premiers tours de roue du matin ne laissaient présager rien de bon : temps menaçant et plafond nuageux très bas : toutes les collines nous entourant avaient la tête dans la brume. A l’embranchement pour monter au Suc au May, la décision était évidente : inutile de gravir la montagne vues les conditions, autant quitter le GR et suivre un balisage vers un petit lac repéré sur la carte plus au sud, et surtout plus bas en altitude. Quelques minutes plus tard, des trombes d’eau glaciale venaient conforter ce choix de raison !

Il fallait avancer, de toute façon, et c’est bien trempés que nous rejoignîmes Treignac, petit village magnifique sur les bords de la Vézère qui accueillait ce week end là une manche de la coupe du monde de canoë kayak. Le temps d’un cliché fantasmé d’une place sur un podium d’une course, nous voici blottis au fond d’un café à avaler notre repas de midi sous l’oeil bien veillant du patron que nous remercions encore de son accueil malgré nos tenues peu présentables. Sans doute qu’à l’image de ce commerçant, la météo eut pitié de nous, les derniers kilomètres jusqu’à Lacelle se passèrent au sec et même sous le soleil et avec une relative chaleur à notre retour au point de départ. 

Merci à Alexis et Edmond d’avoir partagé cette “petite” aventure à mes côtés, toujours dans la bonne humeur ! Comme à chaque fois en itinérance, elle a eu son lot d’imprévus, de rencontres, de difficultés et de franches rigolades. 

Ce GR440 ne présente aucune difficulté technique, je pense que nous avons dû marcher 100m sur les 180km du parcours. Les chemins ne sont pas d’un intérêt majeur (principalement de la piste) mais ils offrent en 3 jours une vue générale sur ce coin de Corrèze dont je garderai le souvenir de son caractère préservé dont témoigne les nombreuses et belles rencontres que nous avons faites avec la faune sauvage. Alex